06.05.2009

Aletschorn (23 au 25 avril) - On va l'éclater...

Nous sommes finalement 3 (Roland Leners, Alain Thomas et moi-même) à partir pour cette traversée de l'Aletschhorn, vieux rêve qui me trotte dans la tête depuis ma première sortie avec N&M à Konkordia. La météo est annoncée bonne (ensoleillé quelques passages nuageux) pour les 4 jours et la traversée est en très bonnes conditions.

C'est sous un beau soleil que nous prenons à Fiesch jeudi matin la benne pour l'Eggishorn, point de départ de cette traversée. Au sommet, la question se pose : « Ancien tracé ou nouveau ? ». Nous optons pour l'ancien et c'est skis sur le sac que nous dé-escaladons les 100 premiers mètres pour rejoindre une pente plus douce où nous chaussons les skis afin de rejoindre la rive gauche du glacier d'Aletsch. En nous retournant, nous aurions mieux fait de prendre le nouveau tracé. Peautage, encordement et nous voilà traversant à l'horizontale ce dédale de crevasses, heureusement bien bouchées pour atteindre la rive droite du glacier et commencer la remontée du Mittelaletschgletscher vers le bivoak du même nom (tout confort, 3013m) où nous arrivons de manière étalée.

Nous y rencontrons 3 Alsaciens ou plutôt 1 alsacien, une américaine et 1 alsacienne dont Aline, une connaissance de Roland d'une expé au Pérou. Comme quoi...

Nous passons le restant de la journée à nous restaurer et à récolter de l'eau sur les rochers (merci les récipients souples !) afin d'économiser le gaz.

Réveil le lendemain vers 3h30 et c'est à 4h45, sous un ciel étoilé et à la lueur de nos frontales, que nous démarrons tous les 6 vers l'Aletschjoch. La pente est soutenue et les couteaux ne sont pas du luxe dans cette neige dure et gelée. Peu après ce col, nous passons en mode crampons pour suivre une arête effilée et rejoindre une selle neigeuse. Notre cordée de 3 alsaciens décide de faire demi-tour, manifestement suite à des problèmes techniques (peaux décollées, chaussure cassée) et d'onglée. Le froid est vif, il est environ 7h00, le sommet de l'Aletschhorn est couvert d'un léger nuage. La météo ayant annoncé cette journée comme la plus belle de ces 4 jours, nous continuons confiants et à skis en direction du sommet.

Nous serons pourtant rapidement pris dans le brouillard et ensuite par la neige. Nous ne le savons pas encore, mais ils ne nous quitteront plus jusqu'à notre arrivée au refuge Oberaletschhutten...

A nouveau, la pente se raidit et nous repassons en crampons. Nous enfonçons jusqu'au genou, tout est blanc autour de nous, le GPS d'Alain nous guide jusqu'à l'antécime vers 4100m.

De là, nous devons encore poursuivre au SO afin de venir buter sur l'arête que nous gravissons, non sans mal (Ah ces crampons... !), dans du mixte.

L'arrivée au sommet (4192m) ne nous fait pas exploser de joie, même si nous sommes tous 3 contents d'y être et que nous pouvons distinguer le soleil à travers les nuages et la neige : Il est 13h00, la fatigue se fait sentir, mes gourdes sont gelées dans mon sac, nous n'avons quasiment rien avalé jusqu'à présent et nous avons encore 500m de dé-escalade qui nous attendent avant de rejoindre le glacier d'Oberaletsch.

Préparation du matériel d'assurage et nous entamons skis sur le sac la descente de l'arête SO, jalonnée de pieux sur lesquels nous posons des points. Il est environ tombé 30 à 40cm de neige fraîche et nous enfonçons par endroit jusqu'à mi-cuisse. Recherche du couloir de descente vers le glacier, nous pouvons enfin chausser les skis, il est aux alentours de 16h30. S'en suit une descente dans une neige très agréable mais sans visibilité, les chutes sont nombreuses, ce qui, avec nos gros sacs, n'économise pas notre énergie ! Nous contournons correctement les barres de séracs (grâce au GPS) et nous arrivons finalement au pied des échelles menant à Oberaletschhutten (2640m). Il est 19h30. Il nous faudra encore entre 30 et 45 minutes pour gravir les +150m d'échelles et de câbles pour atteindre le refuge qui, dans ces conditions, retrouve tout son sens... : cela fait un peu plus de 15h que nous avons quitté le Mittelaletschbivoak.

A mon arrivée, une fenêtre s'ouvre : « Monsieur Vogels ? ». Le gardien est rassuré de nous voir tous les 3 devant sa porte. Pour lui aussi, la journée devait être ensoleillée... putain de météo ! Un bon repas nous est servi, quelques étirements, le programme du lendemain est manifestement à revoir... Roland décide de rester à la cabane, Alain et moi envisageons le Breithorn en aller retour. Le réveil sonne à 5h15. Le ciel est dégagé, je me tourne vers Alain : « Alain, c'est l'heure, on y va ». « Rhm,...je pars pas, j'ai été pisser à 2h, je sais plus marcher ». Une tentative vers Roland, même réponse. Nous nous levons finalement vers 7h00. La gardienne nous déconseille le Beichpass, vu la quantité de neige tombée.

Il ne nous reste plus qu'à descendre dans la vallée. Nous quittons donc la cabane vers 9h30 pour arriver vers 13h00 à Belalp après avoir remonté 2 couloirs de neige fort « sympathiques ». Et là, contrairement à ce qu'on nous avait dit, pas de benne pour descendre. Et hop, encore -700m skis sur le sac pour arriver à Blatten (1320m) à 16h00. Un car postal nous mènera vers Brig et ensuite un train jusqu'à Fiesch, ceci dans un enchaînement horaire digne d'une horlogerie suisse. Nous retrouvons la voiture à 18h45 et nos lits vers 2h30 dimanche, un jour plus tôt.

Le mot d'ordre avant de partir était : « On va l'éclater cet Aletschhorn ! ». Dans les faits, c'est plutôt l'inverse qui s'est produit...

Merci à Alain et Roland de m'avoir accompagné dans ce vieux rêve.

Cyprien 

(plus de photos sur : http://picasaweb.google.fr/cabnam.neigemontagne/200904Ale...)

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